Chers amis,

Le monde thermal traverse une période critique. Chacun de nous s’interroge sur la saison qui avance et le devenir de nos activités.

La Société Française de Médecine Thermale (SFMTh) a mis en place une veille scientifique de la littérature portant sur l’actualité de l’épidémie de Covid-19 et son impact sur l’activité thermale. Nous vous tiendrons informés au fil de l’eau…

Nous restons à votre disposition pour répondre à vos questionnements, n’hésitez pas à nous contacter.

Le Conseil National Professionnel (CNP), composé de la SFMTH, du Syndicat National des Médecins Thermaux (SNMTh) et du Collège des Enseignants en Médecine Thermale (CEMTh) est mobilisé et prend la mesure de la situation dans les établissements thermaux liée à l’épidémie. Nous avons participé à la cellule « Prévention et gestion de la crise sanitaire COVID-19 » organisée par le Conseil National des Établissements Thermaux (CNETh).

Aujourd’hui, les établissements thermaux sont fermés en raison de l’épisode pandémique en cours.

La réflexion préliminaire proposée ici vise aux préconisations et aux recommandations à mettre en place dès qu’une réouverture sera possible ; le médecin thermal aura un rôle primordial pour la mise en œuvre des mesures préventives nécessaires pour protéger les curistes et le personnel. Les propositions correspondent à l’état des savoirs à la date de la rédaction de cette première Newsletter et seront à adapter au fur et à mesure de l’acquisition des connaissances.

Le thermalisme a traversé les millénaires et a su s’adapter aux réalités de nos sociétés par temps de paix et de tourmente. C’est de nos esprits que naîtra l’innovation pour imaginer le monde d’après.

Tournons-nous résolument vers le soleil, l’ombre sera derrière nous. Prenez soin de vous !
Le Collège National Professionnel pour la SFMTH, le SNMTh et le CEMTh

SFMTH : Pr Gisèle KANNY, Dr Hugues DESFOUR, Dr Karine DUBOURG, Dr Alain GARCIA, Dr Denis HOURS, Dr Pascale JEAMBRUN, Dr Romain FORESTIER, Dr Alain FRANCON, Pr Christian HÉRISSON, Pr Patrick CARPENTIER, Dr Olivier DUBOIS

SNMTH : Dr Michel DUPRAT, Dr Michel PALMER, Dr Jérôme LAURES, Dr Hugues DESFOUR CEMTh : Pr Christian HÉRISSON, Pr Patrick CARPENTIER, Pr Gisèle KANNY

La Médecine Thermale face à l’épidémie Covid-19 Préconisations et Recommandations

La mise en place d’une cellule covid-19 dans chaque établissement, coordonnée par un médecin référent est encouragée à la gestion optimale de l’organisation des soins pendant cette période critique.

1 – Avant la cure, évaluer le bien-fondé de sa réalisation dans le contexte de l’épidémie de Covid-19

1) La venue en cure

L’établissement thermal adressera une correspondance, par courrier, courriel ou sms :

  • lui demandant de prendre contact avec son médecin traitant qui jugera de la pertinence de la cure dans le contexte d’épidémie,
  • en lui précisant l’intérêt de faire un test PCR avant la cure (2 à 3 jours avant) ou de disposer d’un document attestant de la séroconversion,
  • en informant de la possibilité d’une téléconsultation avec le médecin thermal en amont quelques jours avant la cure (formulaire à construire),
  • en lui communiquant la charte d’établissement, référentiel ou règlement intérieur. L’établissement thermal s’assurera que le curiste ait bien reçu ce courrier et le cas échéant lui téléphonera pour confirmation et vérification des points ci-dessus.

2) Facteurs de risque et préconisations subséquentes

a) Patients convalescents post-Covid-19

L’excrétion virale chez les patients convalescents peut se maintenir jusqu’à 6 semaines (avec une médiane de 24 jours) après le début des symptômes, sans toutefois que l’on sache si la charge virale excrétée permet de transmettre le virus (1).
Les patients actuellement ou récemment infectés par SARS-CoV-2 doivent différer leur cure de 4 semaines sous réserve d’un test PCR négatif et de 6 semaines si on ne dispose pas d’un test PCR.

b) Facteurs de risque de formes sévères

Dans son avis du 20 avril 2020, le haut conseil de santé publique (HCSP) (2) a émis des recommandations pour la prévention et la prise en charge de la COVID-19 chez les patients à risque de formes sévères :

Selon les données de la littérature :

  • les personnes âgées de 65ans et plus (même si les personnes âgées de 50ans à 65 ans doivent être surveillées de façon plus rapprochée) ;
  • les personnes avec antécédents (ATCD) cardiovasculaires : hypertension artérielle compliquée (avec complications cardiaques, rénales et vasculo-cérébrales), ATCD d’accident vasculaire cérébral ou de coronaropathie, de chirurgie cardiaque, insuffisance cardiaque stade NYHA III ou IV* ;
  • les diabétiques, non équilibrés ou présentant des complications* ;
  • les personnes ayant une pathologie chronique respiratoire susceptible de décompenser lors d’une infection virale (broncho pneumopathie obstructive, asthme sévère, fibrose pulmonaire, syndrome d’apnées du sommeil, mucoviscidose notamment) ;
  • les patients ayant une insuffisance rénale chronique dialysée ;
  • les malades atteints de cancer évolutif sous traitement (hors hormonothérapie) ;
  • les personnes présentant une obésité (Indice de Masse Corporelle > 30 kgm-2

* compte tenu de l’expérience de terrain des réanimateurs auditionnés (données non publiées)

En raison d’un risque présumé de Covid-19 grave

  • les personnes avec une immunodépression congénitale ou acquise : 
    • médicamenteuse : chimiothérapie anti-cancéreuse, traitement immunosuppresseur, biothérapie et/ou corticothérapie  à dose immunosuppressive ; 
    • infection à VIH non contrôlée ou avec des CD4 <200/mm3 ; 
    • consécutive à une greffe d’organe solide ou de cellules souches
      hématopoïétiques ; 
    • liée à une hémopathie maligne en cours de traitement ; 
  • les malades atteints de cirrhose au stade B du score de Child Pugh au moins ;
  • les personnes présentant un syndrome drépanocytaire majeur ou ayant un antécédent de splénectomie ;
  • les femmes enceintes, au troisième trimestre de la grossesse, compte tenu des données disponibles et considérant qu’elles sont très limitées. 

Les contre-indications à la réalisation de la cure en lien avec ces facteurs de risque seront évaluées par le médecin traitant et le médecin thermal en prenant en considération la balance bénéfices/risques attendue. Le profil des patients qui seront accueillis respectera les recommandations sanitaires du déconfinement et aux préconisations des sociétés savantes.

L’âge physiologique est à privilégier plutôt que de définir un âge calendaire à partir duquel la cure serait proscrite.

La cure pour les patients sous traitement immunosuppresseur doit être différée dans cette période d’épidémie.

2 Conduite à tenir face à un cas suspect de Covid-19

1) Importance du binôme infirmier/médecin

Il convient

  • de construire un relais plus formel entre l’IDE et le médecin thermal (attention toutes les stations n’ont pas un fonctionnement bien identifié entre ces deux professionnels de santé). L’infirmier de l’établissement thermal informera par « téléconsultation » ou téléphone (ou par informatisation sécurisée, ou par tout moyen adapté et sécurisé…), le médecin thermal ;
  • De former et d’informer sur les signes cliniques d’appel ;
  • Les personnes qui présentent des symptômes d’une infection respiratoire et / ou de la fièvre pendant la cure doivent le signaler et contacter l’infirmier et/ou le médecin thermal.

2) Prise en charge du patient suspect de Covid-19

Elle doit s’intégrer dans l’organisation sanitaire de gestion de l’épidémie mise en place localement.

La conduite à tenir vis-à-vis des sujets contacts d’un éventuel CoviD-19 dépisté en station thermale suivra les recommandations sanitaires et reste à définir.

3) Mise en place d’un réseau national sentinelle Covid-19 par les médecins thermaux

Avec suivi du patient après la cure : « traçage » du curiste Un réseau local devra absolument être créé.

3 La cure thermale

Un référentiel sanitaire sur des “règles Covid” est en cours d’élaboration par le CNETh et sera applicable à la réouverture des établissements thermaux.

1) Indications

Les 12 orientations thérapeutiques sont possibles.

Si l’insuffisance respiratoire chronique susceptible de décompenser est un facteur de risque, l’indication voie respiratoire n’est pas une contre-indication en soi. Il a été montré que les personnes asthmatiques, porteuses de BPCO et tabagiques ne semblaient pas constituer un groupe à risque d’infection sévère à SARS-CoV-2 selon la société française d’ORL

2) Les soins

a) Recommandations générales

  • –  Respecter les gestes barrières (surveillance par le personnel d’hydrothérapie),
  • –  Porter un masque dans la mesure de sa compatibilité avec les soins réalisés en milieu humide,
  • –  Respecter 2 mètres de distance entre 2 patients (la distance sera adaptée à l’intensité de l’activité physique et au sport selon les recommandations en vigueur) (3),
  • –  Seuls les croisements très brefs entre patients de plus d’1 mètre pourront être tolérés (4),
  • –  Éviter les exercices physiques importants pouvant conduire à une hyperventilation
  • –  Éviter les soins collectifs impliquant une aérosolisation de l’eau thermale
  • –  Privilégier les soins individuels plutôt que collectifs en réalisant des aménagements particuliers pour accueillir les curistes b) Massage Ces soins seront réalisables en fonction des préconisations après le déconfinement en se référant au consensus des médecins physiques et de réadaptation et des kinésithérapeutes. Les massages sous affusion ne sont pas interdits, mais encadrés et limités

c) Piscine

Ces soins seront peut-être à écarter en raison de la difficulté de faire appliquer la distanciation sociale dans le bassin. S’ils sont maintenus, une distance entre patients, de 4m2 au minimum est recommandée (3).

d) Portdemasques

Les masques chirurgicaux ne sont pas adaptés au milieu humide. Il convient de trouver une alternative : masques tissus, visières.

3) Mesure d’hygiène

a) Formation des personnels des thermes

Elle est à envisager quelques jours avant l’ouverture sur les thématiques suivantes :

  • Rappels des gestes barrières (distanciation physique, lavage des mains,…)
  • Nettoyage et désinfection des locaux de soins, des zones de circulation, des vestiaires, …
  • la tenue des agents de soins
  • Hygiène des pieds et des chaussures o Sandales neuves ne sortant pas des thermes ou de surchaussures o Pédiluve
  • Préciser les circuits des curistes
  • Apporter des rudiments de conseil de psychologie (être agréable, savoir sécuriser, dénouer les conflits, apprendre à rassurer les personnes anxieuses…)

b) Dématérialisation de la carte des soins

Elle est à envisager pour éviter le manuportage contaminant. La solution technique reste à étudier.

4 Références

  1. Xiao AT, Tong YX, Zhang S. Profile of RT-PCR for SARS-CoV-2: a preliminary study from 56 COVID- 19 patients. Clin Infect Dis [Internet]. 2020 [cité 27 avr 2020]; Disponible sur: https://academic.oup.com/cid/advance-article/doi/10.1093/cid/ciaa460/5822175
  2. HCSP. Covid-19 : personnes à risque et mesures barrières spécifiques à ces personnes [Internet]. Paris: Haut Conseil de la Santé Publique; 2020 avr [cité 11 mai 2020]. Disponible sur: https://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=807
  3. Déconfinement : Sports, tous les guides pratiques / Stratégie locale de déconfinement / Coronavirus COVID-19 / Santé / Politiques publiques / Accueil – Les services de l’État dans l’Eure [Internet]. [cité 14 mai 2020]. Disponible sur: http://www.eure.gouv.fr/Politiques- publiques/Sante/Coronavirus-COVID-19/Strategie-locale-de-deconfinement/Deconfinement- Sports-tous-les-guides-pratiques
  4. HCSP. Coronavirus SARS-CoV-2 : Mesures barrières et de distanciation physique en population générale [Internet]. Paris: Haut Conseil de la Santé Publique; 2020 avr [cité 14 mai 2020]. Disponible sur: https://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=806